A Moscou, naissait le 26 mai 1799, Alexandre S. Pouchkine, deuxième fils de Sergueï Lvovitch Pouchkine, officier en retraite, homme de lettre et poète amateur, et de Natalia Ossipovna Hannibal, petite fille du « nègre de Pierre le Grand » otage abyssin acheté pour le Tsar à Constantinople et devenu le général-en-chef Abraham P. Hannibal.
Elevé par des précepteurs, imprégné de culture française grâce à la riche bibliothèque de son père, il est vite remarqué pour ses dons poétiques parmi les littérateurs que fréquentent ses parents. Inauguration solennelle du Lycée de Tsarskoïe Silo créé par Alexandre Ier, le 19 octobre 1811 sur le modèle des lycées napoléoniens, destiné à donner une formation générale approfondie (où l’enseignement du français et de l’allemand occupe une place importante) à une élite de futurs serviteurs de l’Etat, appelés à exercer les plus hautes fonctions. Richement doté, pourvu d’un corps enseignant de grande qualité, le Lycée est installé dans un bâtiment annexe du palais impérial de Tsarskoïe Siélo, dont le parc est ouvert aux lycéens.
Admis en septembre 1811 avec une première fournée de trente élèves, Pouchkine y nouera de solides amitiés, y acquerra très tôt une réputation de poète-né et en gardera le souvenir d’une chaleureuse communauté de talents et d’aspirations, qu’il célèbrera dans plusieurs poèmes consacrés à la date anniversaire de l’inauguration.
Dans la revue Le Messager de l’Europe, il publie son premier poème « A l’ami-versificateur » en 1814. La lecture de son poème « Souvenirs à Tsarskoïe Siélo » (publié le 8 janvier 1815) lors d’une séance publique d’examens en présence du patriarche de la poésie russe Gabriel Derjavine a impressionné les personnes invitées. En 1816, il fréquente le cercle littéraire « Arzamas » réunissant les écrivains anti traditionalistes se réclamant de Nicolas Karamzine, réformateur de la langue littéraire, où il sera officiellement reçu à l’automne 1817. Au sortir du lycée, (13 juin 1817) Alexandre Pouchkine est nommé fonctionnaire au Collège des Affaires étrangères.
L’ode « La liberté » circule sous le manteau. Le poème « Le village » dénonçant le servage, en 1819, circule dans les coulisses. Pouchkine assiste aux réunions de « La Lampe verte », cercle littéraire animé par des membres de sociétés secrètes, les futurs « décembristes ».
Pour ses vers antigouvernementaux, Pouchkine est envoyé le 6 mai 1820 en exil à Ekaterinoslav (aujourd’hui, Dnipro), en Ukraine, sous les ordres du gouverneur de la province, le général Inzov. De mai à septembre, Pouchkine accompagne le général Nicolas Raïevski (1771-1829), son fils Nicolas (1801-1843), ami du poète et ses deux plus jeunes filles, Marie (1805-1863) et Sophie (1806-1881), dans un périple qui lui fait visiter les steppes du Don, le Caucase et la Crimée, où il situera trois de ses « poèmes du Sud » inspirés par Byron : « Le prisonnier du Caucase » (paru en 1822), « Les frères brigands » (paru en 1825), « La fontaine de Bakhtchisaraï » (paru en 1824). Fin juillet-début août, parution du conte en vers « Rouslane et Lioudmila », premier grand succès de librairie de Pouchkine. Il arrive à Kichinev, en Bessarabie (Moldavie) le 21 septembre où a été nommé le général Inzov, et où Pouchkine résidera jusqu’en juillet 1823. En novembre, séjour à Kamenka, près de Kiev, où se réunissent certains des futurs « décembristes », qui tiennent Pouchkine à l’écart de la conspiration. Pouchkine écrit le poème « La Gabriéliade », parodie frivole du récit évangélique de l’Annonciation qui commence à circuler. En 1823, Pouchkine commence à écrire Eugène Onéguine (chap. I et II). En juillet : nouvelle affectation à Odessa, sous les ordres du Comte Mikhaïl Vorontsov (1782-1856), gouverneur de la Nouvelle Russie. Pouchkine fait la cour à son épouse Elisabeth, née Comtesse Branicka (1792-1880).
Le 8 juin 1824, supplique au Tsar sollicitant sa mise à la retraite. En juillet, Pouchkine est assigné à résidence à Mikhaïlovskoïe (gouvernement de Pskov) dans la propriété de son père et sous son autorité. Il écrit le dernier de ses « poèmes du Sud », « Les Tsiganes », inspiré de Byron et situé en Bessarabie et commence le chap. III d’Eugène Onéguine et le drame historique « Boris Godounov. Le 14 décembre 1825, après la mort d’Alexandre Ier, Pouchkine rentre à Saint- Pétersbourg où a eu lieu une tentative de coup d’Etat fomentée par les membres des sociétés secrètes (les décembristes) Exécution le 13 juillet 1826, par pendaison des cinq principaux conjurés.
La nouvelle parvient à Pouchkine le 24 juillet. Pouchkine est convoqué le 3 septembre par un courrier impérial. Il est reçu par Nicolas Ier qui vient d’être couronné à Moscou. Ayant reconnu sa sympathie pour le mouvement décembristes, Pouchkine obtient du Tsar la fin de son exil et la promesse qu’il sera son seul censeur. Il s’installe à Moscou. Il écrit les chap. V et VI d’Eugène Onéguine.
Pouchkine est interrogé par le chef de la police de Moscou, en 1827, sur son poème « André Chénier » qui circule sous le manteau. Il achève le chap. VI d’Eugène Onéguine. Le gouverneur militaire de Saint-Pétersbourg, en août 1828, interroge Pouchkine sur la« Gabriéliade », dont une copie est parvenue aux autorités. Pouchkine écrit le chapitre VII d’Eugène Onéguine et le poème historique « Poltava ».
Le 31 décembre, Nicolas Ier met fin à l’enquête sur la « Gabriéliade ». Le 1er mai 1829, Pouchkine demande la main de Natalia Gontcharova (1812-1863). La réponse « n’est pas un refus ». Mai-juillet, il accompagne l’armée du Caucase et assiste à la prise d’Arzroum (Erzeroum en Arménie). Les fiançailles avec Natalia Gontcharova ont lieu le 6 mai 1830. Du 31 août au 5 décembre 1831, Pouchkine passe un automne particulièrement fécond à Boldino. Il écrit les « petites tragédies », les chapitres VIII et X d’Eugène Onéguine.
Son début de prosateur commence avec les « Récits de feu Ivan Petrovitch Bielkine ». Le 18 février 1831, Pouchkine épouse à Moscou Natalia Gontcharova. Le 25 mai emménagement à Tsarskoïe Sièlo. Octobre, emménagement à Saint-Pétersbourg.
Le 14 octobre Pouchkine est réadmis au service des archives du Collège des Affaires étrangères. Il commence une série de « comtes populaires » en vers. En 1832, il termine un roman: Doubrovski. Première ébauche (le 31 janvier 1833) du plan de la « Fille du Capitaine », avec le personnage « historique » de Chvanvitch (le futur Chvabrine ) comme héros principal.
Il écrit le 9 février 1833, au ministre de la Guerre Tchernychov pour lui demander l’autorisation de consulter des archives concernant le maréchal Souvorov, dont celles qui concernent sa participation aux opérations contre Pougatchov.
Du 2 au 23 septembre: il part en voyage à Kazan et à Orenbourg pour se documenter sur l’insurrection de Pougatchov. Pouchkine est nommé à la cour impériale, le 30 septembre, au grade de « kammerjunker » (valet de chambre ordinaire), titre en général attribué à des jeunes gens (et non kammerherr, « gentilhomme de la chambre », réservé aux membres de l’aristocratie).
Il écrit, cette année-là, le poème « Le cavalier de bronze », l’Histoire de Pougatchov, et continue la série des contes populaires en vers.
Dans un accès de découragement, le 25 juin 1834, Pouchkine présente sa démission au Comte Benkendorf, chef de la police politique, sous les ordres duquel l’a placé Nicolas Ier mais, réprimandé par son ami le poète Joukovski, retire sa demande le 3 juillet suivant. Publication de « La Dame de pique ».
Le 11 avril 1836, premier numéro de la revue qu’il a fondée, « Le contemporain ». Le 4 novembre, il reçoit un pamphlet anonyme insinuant qu’il est un mari trompé. Le 5 novembre, Pouchkine provoque en duel l’émigré français Georges Danthès (1812-1895). Quelques jours plus tard, Danthès ayant demandé la main de sa belle-sœur, Catherine Gontcharova (1809-1843), il renonce à son défi.
Le 11 novembre, La fille du Capitaine parait dans le 4e numéro du Contemporain, le dernier paru du vivant de Pouchkine.
Le mariage de Danthès, le 10 janvier 1837, avec Catherine Goncharova. Beau-frère de Pouchkine, il ne cesse de poursuivre sa femme de ses assiduités. Pouchkine envoie une lettre injurieuse, le 26 janvier, au baron de Heeckeren, père adoptif de Danthès. Ce dernier le provoque en duel. Le 27 janvier, duel avec Danthès, Pouchkine est blessé à mort. Après d’atroces souffrances, Pouchkine décède le 29 janvier 1837 à l’âge de 38 ans.
C’est ainsi que se termine sur terre le parcours de cet écrivain et poète russe, réformateur de la langue moderne russe. En Russie, non sans raison, on dit aujourd’hui encore : « Pouchkine est notre tout ! »